En Christ, la récapitulation : une source de transformation et de croissance dans l’amour

Selon la lettre aux Éphésiens, aucune assemblée réunie pour louer Dieu n’est banale : chacune témoigne de l’action vivante du Christ.

PRÉDICATION

Luc-Olivier Bosset

11/16/20259 min read

A picture of a camera with a lot of light in it
A picture of a camera with a lot of light in it

[En Christ,] 9 [Dieu] nous a fait connaître le mystère de sa volonté, le projet bienveillant qu’il s'était proposé en lui, 10 pour le réaliser quand les temps seraient accomplis : récapituler tout dans le Christ, ce qui est dans les cieux comme ce qui est sur la terre." (Éphésiens 1,9-10)

Quel est donc ce « mystère » que Dieu a fait connaître ?

Dans le chapitre 3 de la lettre aux Éphésiens, le « mystère » est l’inclusion des Gentils, c’est à dire les non-juifs, dans la nouvelle communauté de Dieu, sur un pied d’égalité avec les Juifs. L’écrivain de cette lettre caractérise ses lecteurs comme des personnes autrefois « païennes de naissance », et donc « sans Christ, privées de la communauté d’Israël et étrangères aux alliances de la promesse » (2:11, 12). Or « ceux qui étaient autrefois éloignés ont été rapprochés en Jésus-Christ » (2:13).

D’après la logique biblique, le rassemblement de toutes choses avait pris son essor avec le rassemblement d’Abraham et de sa famille. Or avec le Christ, la portée du rassemblement est désormais universelle, puisqu’a été abattu le mur séparant autrefois Juifs et les non-Juifs. La lettre aux Éphésiens affirme que ces Gentils ne sont « plus des étrangers ni des résidents temporaires, mais des concitoyens des saints et des membres de la famille de Dieu » (2:19). Pourquoi ? Parce qu’en «lui-même », le Christ crée « une humanité nouvelle » (2:11).

Le projet bienveillant de Dieu dont parle Éphésiens est donc ceci : commencé avec Israël, le rassemblement s’étend désormais aux Gentils. Ce rassemblement est une vraie réconciliation. Les distinctions entre Israël et les nations ne sont pas abolies, mais elles ne sont plus mutuellement exclusives. Elles n’alimentent plus des phénomènes de rejets et de haine. Des individus de tous horizons, arrachés à l’emprise des pouvoirs en place qui cherchent à les diviser selon leurs identités et alliances, se rassemblent grâce au Christ et forment ainsi une nouvelle communauté.

Ce rassemblement au sein de l’église est perçu par l’écrivain d’Éphésiens comme un signe avant-coureur d’une unité future encore plus grandiose et plus merveilleuse, puisqu’elle englobera finalement toute la création.

Le mystère, le projet bienveillant de Dieu, c’est donc cela pour l’écrivain d’Éphésiens : Que tout ce qui est dans les cieux, comme tout ce qui est sur la terre soit récapitulé dans le Christ. Afin que le monde n’évolue pas vers un éparpillement et une dislocation alimentant peur, méfiance et rejet, mais qu’il évolue vers une cohésion féconde et dynamisante.

2.

Ce matin, je vous propose donc de nous arrêter sur cette idée de « tout récapituler tout dans le Christ ». Je vous propose de prendre quelques instants le temps de la méditer, de la questionner, car c’est en l’affrontant véritablement qu’elle nous révélera une sève nourrissante pour notre quotidien et nos engagements.

3.

Pour l’auteur aux Éphésiens, cette récapitulation résonnait comme un projet bienveillant de Dieu.

Or à nos oreilles d’Européens aux XXIe siècle aux prises avec la guerre d’agression de la Russie contre l’Ukraine, cette notion de récapitulation est loin de susciter la même sympathie. En effet, n’est-ce pas au nom de l’idée de tout réunir sous l’égide de la même culture de la Sainte Russie que ce pays empêche avec une violence et une brutalité glaçantes un autre pays de vivre son indépendance et sa souveraineté ?

Aujourd’hui, nous sommes trop conscients de l’impasse où mène une telle violence pour être spontanément émerveillé par un processus de récapitulation.Vouloir tout récapituler sous une seule couronne n’est-ce pas le propre d’une volonté de puissance toxique ? Notre esprit critique et notre retenue nous poussent à ne pas abonder spontanément dans le sens de l’écrivain d’Éphésiens. La récapitulation n’est pas nécessairement un projet bienveillant. C’est pourquoi, grâce à notre esprit critique, il nous faut creuser le sens du verbe grec utilisé dans cette lettre aux Éphésiens.

4.

Or, en faisant un détour par le grec, que découvrons-nous ? Dans le verbe « anakephalaioô », nous découvrons que ce verbe est construit (comme le verbe français récapituler d’ailleurs) à partir de la racine du mot « tête ».

C’est peut-être un détail pour vous, mais pour moi ça veut dire beaucoup ! Cela signifie que le Christ n’est pas une sorte de « chapeau » qui coifferait l’ensemble de ce qui vit. Mais il en est la tête. Ce qui n’est pas la même chose ! Derrière cette nuance, il y a l’idée que le Christ n’est pas un nouvel Alexandre le Grand, conquérant universel qui veut faire main basse sur le monde et qui cherche à tout récupérer pour l’assujettir à sa couronne.

Le Christ n’est pas un instrument dominateur qui coiffe tout. Mais il est la tête. Un chapeau, une couronne n’a pas une relation organique avec le reste du corps. La tête si. Entre la tête et le corps, le rapport n’est pas utilitariste, instrumental, distant, froid, hiérarchique. C’est une relation profonde, intime, vitale qui permet à l’ensemble du corps de se mouvoir et d’agir.

En affirmant que le Christ est la tête en qui tout chose est récapitulée, l’écrivain d’Éphésiens ne fait pas du mouvement initié par Jésus de Nazareth, le christianisme, un nouveau courant qui, en rassemblant les différentes cultures de l’époque, recouvre d’un manteau complice tout ce qui est inadmissible dans ces cultures, pourvu que ces dernières fassent actes d’allégeance.

C’est la logique de la couronne qui fonctionne ainsi. Dans la logique de la couronne, les rapports sont vu sous l’angle utilitariste et instrumental. Dans la logique de la tête, il en va autrement. Vu qu’entre la tête et le corps, la relation est organique, chaque membre a besoin de l’autre pour que le corps existe. Au nom de cette solidarité, chaque membre du corps est intimement retravaillé grâce à sa relation avec la tête afin de participer pleinement à l’ensemble du corps.

Si un membre est malsain, vu la relation organique qui existe entre eux, la tête ne va pas être complaisante avec lui ; bien plus, elle va oeuvrer pour que ce qui est malsain soit repris, guéris afin que l’ensemble du corps soit en bonne santé.

De même pour le membre en question, au lieu de vivre desséché et disloqué dans son coin, il accepte de participer à l’ensemble du corps, car c’est en étant relié à lui qu’il peut s’épanouir ; il accepte également d’être sous la gouvernance de la tête afin que soit repris ce qui doit l’être pour qu’il puisse être bien coordonné avec le reste de l’ensemble du corps.

5.

Dans le verbe grec « anakephalaioô », il y a aussi l’idée de nouveauté.

En tant que tête, le ministère du Christ est d’amener chaque chose, en les associant à sa croix et à sa résurrection, à un renouvellement. Reliée à la tête qu’est le Christ, chaque être, chaque culture, chaque organisation humaine est travaillée de l’intérieure pour vivre une transformation. Chaque être, chaque culture, chaque organisation passe ainsi par une mort et un résurrection afin que chacun et chacune soit mené jusqu’au terme de la vérité et de l’amour qu’il ou elle contient.

Comprenez-moi bien ! Cette récapitulation offerte en Christ n’a rien à voir avec une emprise agressive, une coercition. Elle n’a également rien à voir avec une complaisance molle ou intéressée ne disant à l’autre que propos flatteurs et convenus. Sur la base d’une relation intime, cette récapitulation est une reprise vivante, profonde de chaque chose afin que la vérité et l’amour contenue dans chaque chose soit portée à son épanouissement.

6.

Ainsi quand dans nos vies personnelles, la traversée des journées nous laisse avec un sentiment de dislocation ; quand nous avons assuré nos responsabilités et nos engagements en ayant la sensation que notre tête fonctionnait à plein régime tout en étant déconnectée du coeur…

Ou bien, quand dans nos vies communautaires, la traversée des journées nous laisse avec le sentiment que les groupes fonctionnent en silo, que l’équipe voisine pleinement engagée dans sa mission fonctionne sans porosité avec d’autres équipes de la même paroisse, au point que chacun invente la poudre dans son coin…

Ou bien, quand dans notre société, la traversée des journées nous laisse avec un sentiment de fragmentation profond où différentes cultures se croisent, se frôlent, s’observent, se jaugent, sans avoir beaucoup l’occasion de se rencontrer vraiment…

N’est-ce pas dans ces moments-là que nous ressentons le plus vivement combien la fragmentation, la dislocation, le repli sur soi provoquent un desséchement ?

N’est-ce pas dans ces moments-là que nous éprouvons le besoin de retrouver un élan qui tout en nous transformant intimement nous relie les uns aux autres ?

N’est-ce pas dans ces moments-là que nous comprenons intimement l’émerveillement de l’écrivain d’Éphésiens, lui qui a repéré en Christ cet élan récapitulateur qui tout en transformant Juifs et Gentils les a relié les uns aux autres afin que la vérité et l’amour de chacun soient menées à leur plein épanouissement ?

7.

Aujourd’hui, nous n’avons pas besoin d’une récapitulation coercitive ou complaisante. Nous avons besoin de retisser une relation organique avec une tête qui est une source inépuisable de lumière et d’amour afin que la traversée des journées ne nous laisse pas disloqués et épars. Nous avons besoin de retisser une relation organique avec le Christ afin que la traversée des journées tout en nous transformant personnellement et communautairement épanouissent en nous et entre nous ce qui est de l’ordre de la vérité et de l’amour.

8.

Et si retisser une relation organique avec le Christ commençait ici et maintenant par adopter une nouvelle perspective sur ce moment de culte que nous vivons ?

Imaginons cela : l’église que nous formons ici ce matin n’est pas juste un groupe de personnes qui se retrouvent autour de la foi. Selon la vision d’Éphésiens, elle existe parce que Jésus-Christ lui-même l’a rassemblée ! C’est lui qui a réuni cette communauté, pour elle-même et pour les autres.Si nous faisons partie de cette communauté, si nous y participons activement, et si les autres autour de nous font de même, c’est grâce à l’œuvre de rassemblement de Jésus-Christ. Malgré nos différences, Il nous a touchés les uns les autres et nous a réunis ici, avec Lui et les uns avec les autres, par une vie commune visible.

N’y a -t-il pas là de quoi s’émerveiller ?

Imaginons qu’un dimanche matin, nous arrivons au temple avec une humeur maussade. En nous asseyant sur un banc, nous regardons autour de nous et voyons des places vides, une assemblée avec beaucoup de cheveux blancs et peu d’adolescents. Avec un tel regard, c’est facile de nous sentir découragé avant même que le culte ait commencé.

Si cela était le cas, rappelons-nous la vision déployée par la lettre aux Éphésiens : Au lieu de se focaliser sur ce qui manque, l’écrivain considérait les personnes présentes comme la preuve vivante que Jésus-Christ est toujours à l’œuvre ! Contre toute attente, il a rassemblé un peuple là, et il continue de rassembler toutes choses à lui.

En regardant les choses selon cette perspective, la question devient alors : en me rassemblant dans cette communauté, le Christ désire porter à son accomplissement la vérité et l’amour qui sont en germe dans ma vie. Quelle transformation m’appelle-il à vivre afin que cette vérité et cet amour s’épanouissent ?

Amen

Prédication délivrée au Temple de Sète (34) le dimanche 16 novembre 2025 

Romains 13 (La Colombe)

8Ne devez rien à personne, si ce n'est de vous aimer les uns les autres ; car celui qui aime les autres a accompli la loi. 9En effet (les commandements) : Tu ne commettras pas d'adultère, tu ne commettras pas de meurtre, tu ne commettras pas de vol, [tu ne rendras pas de faux témoignage], tu ne convoiteras pas, et tout autre commandement se résument dans cette parole : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. 10L'amour ne fait pas de mal au prochain : l'amour est donc l'accomplissement de la loi.

Ephésiens 1, (la Colombe)

3Béni soit le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus-Christ, qui nous a bénis de toute bénédiction spirituelle dans les lieux célestes, dans le Christ. 4En lui, il nous a choisis avant la fondation du monde, pour que nous soyons saints et sans défaut devant lui. Dans son amour, 5il nous a destinés d'avance, par Jésus-Christ, à l'adoption filiale, pour lui, selon sa volonté bienveillante, 6afin de célébrer la gloire de sa grâce, dont il nous a comblés en son bien-aimé.7En lui, nous avons la rédemption par son sang, le pardon des fautes selon la richesse de sa grâce, 8Grâce qu'il nous a octroyée abondamment, en toute sagesse et intelligence. 9Il nous a fait connaître le mystère de sa volonté, le projet bienveillant qu’il s’était proposé en lui, 10 pour le réaliser quand les temps seraient accomplis : récapituler tout dans le Christ, ce qui est dans les cieux comme ce qui est sur la terre.