Un verset biblique reçu il y a vingt-cinq ans, et qui n'a jamais été aussi juste
Nous cherchons des réponses. Peut-être nous manque-t-il surtout des espaces où vivre l'écoute...
RÉFLEXION
Luc-Olivier Bosset
5/30/20263 min read
Devant ce qui nous inquiète ou nous dépasse, nous cherchons des réponses : nous en attendons des autres, nous nous reprochons de ne pas en avoir. Pourtant, depuis que j'ai pris, il y a près d'un an, la charge de secrétaire national pour l'évangélisation, je fais une tout autre expérience. Celles et ceux qui me sollicitent (porteurs de projets, Églises qui cherchent à s'ouvrir, équipes qui inventent et tâtonnent) attendent souvent de moi une réponse. Or une intuition me travaille : ce qui se cherche est peut-être moins une réponse qu'un espace pour écouter ensemble.
Dans cette fonction nouvelle, un verset m'est revenu en mémoire. Il remonte à mes débuts de pasteur, dans ma première paroisse : j'en avais tant parlé avec mon accompagnateur qu'il fut placé au cœur de la célébration où mon ministère a été officiellement reconnu. Ce sont les mots du roi Salomon : appelé tout jeune à gouverner un peuple immense, il reçoit de Dieu la liberté de demander ce qu'il veut, et il prie ainsi : « Donne à ton serviteur un cœur qui écoute » (1 Rois 3,9)
À l'époque, j'avais reçu ce verset comme une prière qui m'ajustait au quotidien du ministère. Depuis, le temps a passé. Je ne l'ai pas oublié, mais il est resté en retrait : en vingt-cinq ans de pastorat, il n'a été qu'une seule fois au centre de l'une de mes prédications. Pourtant, aujourd'hui, il revient avec une force que je ne lui connaissais pas.
Ce qui résonne en moi, c'est ce que Salomon demande. On lui propose de choisir ce qu'il veut. Il aurait pu réclamer la richesse, la victoire, une longue vie. Il ne demande ni puissance ni savoir. Il demande une disposition : un cœur qui écoute.
Dans ma nouvelle fonction, je mesure combien cette disposition est essentielle. Quand une équipe vient me trouver avec son projet, sa question, parfois son découragement, ma réaction première est de vouloir répondre. J'imagine alors correspondre à ce que l'on attend de moi : l'expert qui sait, qui conseille, qui aide à trancher. Mais je découvre peu à peu que ce qui se joue dans une Église, dans un quartier, dans une rencontre dépasse toujours les réponses toutes faites que je pourrais livrer. Plutôt qu'un expert, je réalise que je suis appelé à me mettre au service de ce qui cherche à advenir.
Cette prière de Salomon m'a alors fait comprendre mon rôle autrement. Non pas apporter des solutions, mais cultiver des espaces où nous nous mettons ensemble à l'écoute de Dieu, des autres, de nos contemporains. Là où je croyais devoir parler, ma première tâche est de créer les conditions pour que nous entendions : ce qui se vit dans une Église locale et autour d'elle, ce que cherchent celles et ceux qu'elle côtoie, ce que l'Esprit fait peut-être déjà germer là où personne ne l'attendait.
Cette écoute-là, je ne sais pas la fabriquer ; les derniers mois me l'ont appris. Je peux organiser une réunion, structurer un accompagnement, poser un cadre. Cependant, l'écoute véritable, celle qui relie et qui ouvre, je ne peux que la recevoir. Un trait du verset m'est apparu alors dans une clarté nouvelle : Salomon ne se donne pas la sagesse à lui-même, il la demande.
C'est sans doute ce qui m'aide le plus aujourd'hui. Le verset ne me dit pas : deviens compétent en écoute. Il me dit : demande un cœur qui écoute. Il déplace l'écoute du registre de la performance vers celui du don à accueillir.
Cela change ma manière d'être présent aux porteurs de projets. Je ne viens pas comme celui qui sait, mais comme celui qui, avec eux, demande à recevoir. Je ne leur propose pas une réponse, mais une écoute commune de ce qui advient, et que nous n'avons pas à produire.
« Donne à ton serviteur un cœur qui écoute. » Plus qu'un souvenir de reconnaissance de ministère, c'est devenu ma prière quotidienne dans ce nouveau travail.
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"Notre tâche est de nous imprégner si profondément, si douloureusement et si passionnément de cette terre provisoire et éphémère, que son essence ressuscite en nous, invisible.
Nous sommes les abeilles de l’invisible. Nous butinons éperdument le miel du visible, pour le recueillir dans la grande ruche d'or de l'invisible."
Lettre à Witold VON HULEWICZ (13 novembre 1925), Correspondances de Rainer-Maria RILKE