Une croix inscrite dans un cercle
Datant de l'an 1000, cette croix stylisée a été trouvée dans l'archipel des Orcades au nord de l'Écosse
DÉCOUVERTE
6/19/20252 min read


En visitant le National Museum of Scotland à Edinburgh, mon attention a été retenue par ce symbole gravé sur une dalle endommagée qui date de l’an 1000 et qui se trouvait dans l’archipel des Orcades, au nord de l’Écosse.
Alors que les croix celtiques, appelées aussi croix nimbées, ont habituellement un petit cercle entourant comme une auréole le crucifix qui le déborde, ici c’est l’inverse : la croix est englobée dans le cercle. Au lieu que ce dernier soit le simple support de la croix, il acquiert un rôle primordial, puisqu’il forme comme une membrane protectrice et matricielle autour de la croix, permettant à cette dernière de ressembler à la corolle d’une fleur qui s’épanouit en ouvrant grand ses pétales.
Le cercle, symbole d’éternité, représente souvent un cycle mené à bien, où la succession des étapes se déroule sans être entravée. Dans la foi chrétienne, une croix nue, sans représentation humaine du Crucifié, symbolise que le cycle mort et résurrection a été mené à son terme puisque le crucifié n’est plus cloué au bois. En inscrivant cette croix dans un tel cercle, l’auteur a-t-il voulu signifier que chacun pourra aller au bout du cycle mort et résurrection, puisqu’il est entouré de la fidélité matricielle de Dieu ?
L’attention du protestant que je suis a aussi été retenue par le style simple et épuré. En effet, cette croix gravée ressemble fort à une croix huguenote. Au moment des guerres de religions, un style de croix où les pointes de quatre triangles convergent vers le centre s’est imposé comme symbole des protestants parce qu’il rappelle le geste de la Réforme. En affirmant sola gratia, sola fide, sola scriptura, solus christus, soli Deo gloria, les réformateurs ont exprimé le désir de revenir à l’essentiel, à ce qui constitue le cœur de la foi chrétienne : non plus la grâce et les œuvres, mais la grâce seule ; non plus l’Écriture et la tradition, mais l’Écriture seule ; une prière non plus adressée au Christ et aux Saints, mais au Christ seul. Étonnamment, dans cette croix gravée de 500 ans plus vieille que la Réforme, je retrouve la même symbolique qui invite au recentrage.
Au fond, quelle que soit les époques, nous sommes à l’intérieur de la fidélité matricielle de Dieu. Une fidélité qui nous invite à aller au centre de la corolle, à plonger au cœur de la vie. Là, en nous nourrissant de ce qui est essentiel, nous recevons l’élan pour vivre chaque étape du cycle qu'est l'existence, traverser toute mort afin d’être emmenés jusqu’à notre résurrection.
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"Notre tâche est de nous imprégner si profondément, si douloureusement et si passionnément de cette terre provisoire et éphémère, que son essence ressuscite en nous, invisible.
Nous sommes les abeilles de l’invisible. Nous butinons éperdument le miel du visible, pour le recueillir dans la grande ruche d'or de l'invisible."
Lettre à Witold VON HULEWICZ (13 novembre 1925), Correspondances de Rainer-Maria RILKE